Tombe aux mains
Deux mains qui se serrent par-dessus un mur
Roermond, Limbourg
Dans le Vieux Cimetière de Roermond, le Graf met de handjes, ou tombe aux petites mains, réunit un colonel protestant et son épouse catholique, enterrés de chaque côté d’un mur qui séparait les deux confessions. Deux bras de pierre, sculptés sur chaque tombe, se serrent la main au-dessus de ce mur. Classé monument national, ce double monument, probablement de 1888, est l’une des plus célèbres histoires d’amour du Limbourg néerlandais.
L’histoire du lieu
Un mariage qui fait scandale
Josephina van Aefferden, née à Roermond en 1820, est une jeune noble catholique. Jacobus van Gorkum, né à Amsterdam en 1809, est un colonel de cavalerie protestant, installé en Limbourg après le partage de la province en 1839. Ils se marient le 3 novembre 1842, et leur union fait scandale : ils ne sont pas de la même religion, leurs familles se sont battues dans des camps opposés pendant les troubles de 1830-1831, il a onze ans de plus qu’elle et il n’est pas noble.
Pour éviter toute provocation, le mariage est célébré dans la ville allemande de Pont, près de Geldern, juste de l’autre côté de la frontière. Le couple élève ses cinq enfants dans la foi catholique.
Un cimetière coupé en deux
Le cimetière Nabij de Kapel in ‘t Zand, que les habitants appellent le Oude Kerkhof, « le vieux cimetière », est à l’origine un cimetière juif. Dès 1785, il est agrandi pour accueillir les chrétiens de Roermond, après l’interdiction d’enterrer dans les églises et les villes. En 1858, l’architecte Pierre Cuypers le réaménage en séparant, par des murs, la partie catholique de la partie protestante.
Les dernières volontés de Josephina
Quand Jacobus meurt, le 28 août 1880, sa veuve souhaite être enterrée à côté de lui, plutôt que dans le caveau familial. Mais à l’époque, catholiques et protestants ne reposent pas ensemble. Elle le fait donc enterrer du côté protestant, sur un chemin longeant le mur qui sépare les deux parties.
Josephina meurt le 29 novembre 1888. Ses enfants respectent ses dernières volontés : une double tombe, avec une pierre de chaque côté du mur, reliées par deux bras qui se tiennent la main.
À quoi s’attendre sur place
Le monument se compose de deux stèles presque identiques, de style néogothique, en grès sur un socle de calcaire. Chacune a la forme d’une colonne surmontée d’un fronton, plus haute que le mur, et d’une croix. Du côté du colonel, on voit les armes de la famille Van Gorkum, du côté de Josephina, ses armes d’alliance. La devise « Vivit post funera virtus », « la vertu survit à la mort », est gravée sur les deux stèles. Une grille en fer forgé entoure chaque tombe, rectangulaire pour lui, semi-circulaire pour elle.
Au sommet, une main d’homme, sortie de sa stèle, serre une main de femme, sortie de la sienne : un symbole de leur lien par-dessus la religion, la famille et la mort. Fragilisée, la tombe a été restaurée en 1972, puis en 2015-2016, quand la stèle protestante, qui s’était affaissée contre le mur, a abîmé les mains. Le cimetière est classé monument national depuis 2001, et la tombe depuis 2002. À côté, on peut aussi voir la chapelle des évêques, avec sa crypte, ainsi que les cimetières juifs, ancien et nouveau.
Une héroïne de bande dessinée
En 2016, la dessinatrice française Pénélope Bagieu a raconté l’histoire de Josephina dans sa bande dessinée Les Culottées, adaptée en série animée en 2020.
Bon à savoir avant votre visite
La tombe se trouve au Oude Kerkhof de Roermond, le long du mur qui sépare les parties catholique et protestante, dans un coin discret du cimetière, loin des grands monuments. Elle est devenue plus célèbre que la chapelle des évêques. Les stèles et les mains se visitent librement, et la visite se fait en quelques minutes, dans une promenade au cœur du plus vieux cimetière de la ville.
Un cimetière en activité
Le Oude Kerkhof est un lieu de recueillement : restez discret, ne touchez pas aux pierres et évitez de photographier les autres tombes ou les personnes.
Pourquoi est-ce insolite ?
Pour que deux époux de religion différente puissent reposer l’un près de l’autre, une femme a imaginé de faire sculpter deux mains, qui franchissent le mur qui les sépare : une des plus belles histoires d’amour des Pays-Bas, racontée dans la pierre.
Temps de visite estimé
+/- 30 minutes
Foire aux questions
Pourquoi la tombe aux petites mains de Roermond est-elle célèbre ?
Parce qu’elle réunit, de chaque côté d’un mur, un colonel protestant et son épouse catholique, dont les mains de pierre se serrent par-dessus la séparation.
Qui repose dans le Graf met de handjes ?
Jacobus van Gorkum (1809-1880), colonel de cavalerie protestant, et son épouse Josephina van Aefferden (1820-1888), noble catholique de Roermond.
Pourquoi les deux époux n’ont-ils pas été enterrés ensemble ?
Parce qu’à l’époque, catholiques et protestants étaient enterrés dans des parties séparées du cimetière, divisées par un mur.
Quand le Graf met de handjes a-t-il été réalisé ?
Probablement en 1888, l’année de la mort de Josephina, par ses enfants, d’après ses dernières volontés.
Que signifie la devise gravée sur les stèles ?
« Vivit post funera virtus » se traduit par « la vertu survit à la mort ». C’est la devise de la famille Van Gorkum.
La tombe aux petites mains est-elle un monument protégé ?
Oui, c’est un monument national (rijksmonument) depuis 2002, au sein d’un cimetière classé depuis 2001.
Où se trouve le Graf met de handjes ?
Au Oude Kerkhof (Begraafplaats Nabij de Kapel in ‘t Zand), à Roermond, au Limbourg néerlandais.